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Aménagement écologique du bord de l'eau

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Écrit par Marie-Josée Lefebvre, biologiste   
05-06-2008

J’aménage mon bord d’eau

Vous voilà enfin propriétaire d’un petit paradis situé sur le bord d’un bijou de lac aux reflets turquoise. Le rêve! Rien de trop beau : le radeau, le quai, le bateau, le beau gazon étendu sur tout le terrain et le panorama, de bord en bord, obtenu en coupant sciemment tous les arbres en vue!

Sauf que, après quelque temps, vous remarquez ici et là, une prolifération d’algues et autres plantes aquatiques. Vous constatez ensuite des signes d’érosion et d’envasement (sédimentation). L’eau paraît plus trouble. Les poissons sportifs semblent moins… sportifs! Et même à vue de nez, le lac dégage parfois des odeurs troublantes. « Eau » secours!

Écocitoyens recherchés: habiter en bordure d’un lac comporte également son lot de responsabilités

« Le privilège d’habiter en bordure d’un lac comporte également son lot de responsabilités envers ce fragile milieu de vie », explique Benoit Bertrand, spécialiste de la végétalisation des rives et propriétaire de la Pépinière Rustique à Saint-Adolphe d’Howard. «Il fut une époque où c’était la norme de transposer à la campagne cette propreté urbaine, si rassurante (pelouse, béton, etc.). Heureusement, pour nous et nos lacs, nous savons aujourd’hui que cette artificialisation des rivages représente une menace pour le milieu aquatique et, par le fait même, pour la valeur future de nos propriétés. »

Écocitoyens recherchés

Pour éviter que le bonheur d’être propriétaire riverain ne se transforme en cauchemar, il faut être sensibilisé et bien informé quant à l’impact de nos choix d’aménagement sur la santé du lac. Même si l’on est propriétaire d’un terrain, le lac ne nous appartient pas! Chacun de nos choix d’aménagement peut avoir un impact sur cet écosystème fragile et exceptionnel. Il faut savoir que la rive fait partie des zones sensibles du lac. Cette bande de 10 à 15 mètres de largeur (selon la pente) s’étend vers les terres à partir de la ligne des eaux. Malheureusement, la dégradation de ce « ruban de vie » est un des pires désastres qui puisse affecter les lacs.

« L’érosion est produite par les fortes pluies qui tombent directement sur le sol et par l’eau qui y ruisselle, explique M. Bertrand. Les fines particules de sol sont ainsi entraînées au fond du lac colmatant, par le fait même, les frayères à poissons, les rendant inutilisables. C’est aussi à cause de l’érosion que s’accumule la vase sur votre littoral, créant ainsi un milieu parfait pour la prolifération de plantes aquatiques. Il est reconnu que le taux d’érosion sur un rivage engazonné est de 20 fois supérieur à un rivage à l’état naturel. »

Un filtre contre les polluants

Le principal polluant qui menace la santé de nos lacs est le phosphore, ajoute M. Bertrand. « Il a pour effet d’accélérer le processus de vieillissement des lacs, l’eutrophisation, et de favoriser la prolifération des plantes aquatiques et des algues. Le phosphore provient surtout des installations septiques défectueuses, des détergents contenant du phosphate et, bien sûr, des engrais à pelouse, naturels et synthétiques. Sans une bande végétale riveraine adéquate pour l’absorber, ce joyeux mélange se retrouve à l’eau par ruissellement et infiltration. Vive la pelouse au naturel : privilégions les couvre-sols et diminuons les espaces engazonnés qui laissent glisser les engrais vers les lacs. »

L'importance de la végétarion riveraine pour éviter entre autre la prolifération d’algues

Enfin, en l’absence de végétation riveraine (arbres, arbustes et herbacées), les eaux peu profondes se réchauffent beaucoup trop, ce qui occasionne encore une prolifération d’algues et de plantes aquatiques, mais entraîne aussi la diminution de l’oxygène dissout dans l’eau.

Chaque geste de protection et de végétalisation des rives aura un impact positif sur la santé et la qualité des eaux du lac. En bon écocitoyen, nous devons apprendre à cohabiter harmonieusement avec les autres êtres vivants, et nous devons assumer une responsabilité collective pour protéger l’intégrité des rives, des plans d’eau et des êtres qui y vivent.

J’aménage avec attention

Pour préserver la santé d’un plan d’eau à long terme, l’aménagement du terrain doit tenir compte de la préservation ou de la végétalisation de la bande riveraine. Grâce à leurs racines, les arbres, arbustes et autres herbacés stabilisent les rives, préviennent l’érosion et diminuent l’envasement. Ainsi, l’eau demeure plus claire, la prolifération des végétaux aquatiques est réduite et les poissons sont clairement plus sportifs! Quant aux propriétaires, ils voient leur petit bijou de lac miroiter à travers les branches!

Pour sauvegarder flore et faune autour d’un plan d’eau, remisez votre tondeuse et laissez travailler la nature pour et avec vous. Facile et efficace, l’ABC de la végétalisation se résume à la lettre F, avec 4 objectifs bien précis :

  • F- reiner l’érosion
  • F- iltrer les polluants
  • F-ournir un habitat pour la faune
  • ra- F- raîchir les bords d’eau

Le point de rencontre entre l‘eau et la terre est un des plus riches milieux de vie, explique Benoit Bertrand : « En fait, 90 % de la vie du lac dépend, à un moment ou un autre, de la rive ou du littoral pour sa survie. Pelouses et murs de pierre sont bien peu attrayants pour les canards que vous admirez. »

La végétalisation d’une rive implique l’introduction, dans le milieu, de plantes au système racinaire agressif se fixant dans la vase ou la terre, ce qui permet de filtrer l’eau, de capter les polluants et par conséquent de créer un milieu supportant une biodiversité renouvelée. Végétaliser, c’est donc investir dans la préservation de la qualité de l’eau et, par ricochet, c’est une plus-value pour les propriétés riveraines.Tous ces bénéfices viennent sans sacrifier le paysage, car il est possible d’aménager une bande riveraine en jouant avec des plantations de 1 ou 2 mètres de hauteur, ce qui n’obstrue pas la vue!

L’urbanisation de la campagne peut avoir des conséquences désastreuses. À force de déboiser nos rives et d’y étendre de la tourbe qui agit comme une glissade pour les engrais (naturels ou synthétiques, peu importe), nos lacs surfertilisés sont progressivement envahis par les plantes aquatiques et la vase.

Une de ces plantes est le potamogéton (épi d’eau), une vivace herbacée, avec feuilles en partie flottantes, en partie submergées, explique le Petit Robert. Au lac Lucerne de Sainte-Adèle, où vit l’éditeur de ce magazine, les nageurs commencent à s’empêtrer dans cette plante aux allures de spaghetti qui y prolifère. Certains lacs en sont complètement envahis au point d’étouffer littéralement, si bien que les riverains doivent extraire des tonnes à chaque été, mais en vain. Avant tout, il faut éliminer les causes du problème au lieu d’agir uniquement sur les conséquences.
Des espèces qui ne craignent pas de se mouiller

Pour bien végétaliser, il faut choisir des espèces adaptées au terrain (milieu sec, semi-sec ou humide). Il faut aussi tenir compte de l’ensoleillement ou de l’ombrage des lieux, ainsi que de la limite des eaux, hautes et basses. Il reste à planter selon les règles de l’art et ainsi les plantes choisies redonneront « en vert et avec tous » un aspect naturel, harmonieux et sain au rivage.

Dans des cas de terrains endommagés, fortement érodés, très abrupts ou problématiques, il faudra parfois recourir à certaines techniques : pieux alignés, fagots, matelas de branches. Vérifiez auprès de votre municipalité si l’obtention d’un permis est nécessaire et n’hésitez pas à consulter spécialistes et associations de résidents de lac.

Et, surtout, soyez heureux, conscients, comblés et respectueux de ce merveilleux milieu de vie!

Ressources pour la protection de l'environnement des cours d'eau :

Comment recréer une bande riveraine?
  1. Cessez de tondre votre pelouse sur un minimum de trois mètres (10 pieds) à partir de l’eau. Penchez-vous pour observer la végétation riveraine qui tentait d’y pousser.
  2. Plantez des espèces indigènes appropriées pour les rivages. Il en existe de nombreuses sur le marché. Elles sont à la fois esthétiques et efficaces. Vous pouvez ainsi recréer votre bande de protection riveraine sans pour autant cacher la vue sur le lac.

Protéger la bande riveraine représente la première étape de la préservation à long terme de la santé de nos lacs.

Exemples de plantes pour végétaliser une rive
 Nom latin
 Nom français
 Myrica gale
 Myrique Baumier
 Iris versicolor
 Iris versicolore
 Parthenocissus quinquefolia
 Vigne vierge
 Rosa sp.
 Rosier sauvage
 Sambucus canadensis
 Sureau du Canada
 Spirea latifolia
 Spirée à larges feuilles

Source: Magasine La Maison du 21e siècle

 

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