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Entrevue avec le docteur Richard Béliveau: sur le thème de l'obésité

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Écrit par Pierre Fraser   
03-09-2008
Dr Richard BéliveauEn ce qui concerne le docteur Richard Béliveau, les présentations ne sont plus à faire. Chercheur connu dans le monde scientifique et médical pour ses travaux en oncologie, il est surtout connu du grand public en raison de ses qualités de vulgarisateur et des deux livres qu’il a coécrits avec Denis Gingras: Les aliments contre le cancer (éditions Trécarré 2005) et  Cuisiner avec les aliments contre le cancer (éditions Trécarré 2006). Par contre, au-delà de l’auteur et du personnage public, nous avons voulu en savoir un peu plus sur ce que pense le docteur Richard Béliveau à propos du phénomène de l’obésité.
Pour le docteur Béliveau, tout ceci est avant tout une question d’éducation et d’information.

Nous avons une société vieillissante qui n’est pas très en santé, une jeunesse montante qui risque de ne pas l’être, alors comment amener le citoyen ordinaire à modifier ses comportements alimentaires?  Pour le docteur Béliveau, tout ceci est avant tout une question d’éducation et d’information. À chaque année, l’industrie de la malbouffe engloutit des centaines de millions de dollars en publicité, en commençant par les McDOnald, Burger King, Harvey’s et PFK de ce monde, alors que le budget du département de la santé américain n’investit qu’un maigre 4 millions de dollars. Il s’agit donc d’un combat inégal où l’industrie sort forcément gagnante, et par surcroît, lorsque certains de nos athlètes olympiques ont pour commanditaire McDonald, le message qui est envoyé est alors contradictoire. Par contre, tout n’est pas perdu et le message finit par passer, mais c’est souvent un peu long.

C’est que la mauvaise alimentation et son corollaire, l’obésité, sont responsables pour plus de 30 % de tous les cancers.

Par exemple, il nous a fallu plus de 30 ans pour combattre le tabagisme, et il faut espérer qu’il n’en sera pas de même avec le problème de l’obésité. Concrètement, le docteur Béliveau considère que l’obésité est le cancer du 21e siècle. En fait, depuis trois ans, il se situe au même niveau que celui du tabagisme en termes d’incidence de santé publique. Ce que les gens oublient souvent, c’est que la mauvaise alimentation et son corollaire, l’obésité, sont responsables pour plus de 30 % de tous les cancers, ce qui n’est pas rien!

Dans une certaine mesure, notre environnement est obésogène. Par contre, il ne faut pas entendre ici ce mot au sens de la théorie qui le véhicule, à savoir que si vous fréquentez des gens obèses vous deviendrez obèses, et que ce n’est pas de votre faute si vous le devenez, bien au contraire. Pour le docteur Béliveau, cet aspect de l’environnement obésogène, qui sera abordé dans son troisième livre qui sortira en 2009, est fondamentalement à mettre en relation avec les énormes moyens financiers dont dispose l’industrie de la malbouffe. Une fois ceux-ci mis en perspective, le problème de l’obésité devient alors une question de responsabilisation personnelle.

La responsabilisation vit des moments difficiles.

Malheureusement, par les temps qui courent, la responsabilisation vit des moments difficiles, car tout, dans notre société actuelle, concourt à imputer la faute aux autres ou à notre environnement immédiat. Ce n’est pas votre voisin qui accroche une cigarette à vos lèvres, ou le gérant du supermarché qui vient déposer dans votre panier d’épicerie des boissons gazeuses, des petits gâteaux, des croustilles, etc. C’est vous!

Nous pensons que nous vivons dans un environnement dangereux. Eh bien, c’est faux! Il faut se rappeler quelques faits historiques. Au cours de l’histoire de l’humanité, les grandes hécatombes ont été engendrées non pas par les guerres ou les épidémies, mais par la famine. Les gens qui ont survécu possédaient un gène qui leur permettait de stocker plus de graisse que les autres, et nous avons tous hérité de ce gène.

L'industrie agroalimentaire génère 3 500 calories par jour alors que nous n’avons besoin que de 2 000 .

Aujourd’hui, la famine n’existe pratiquement plus. Par contre, l’industrie agroalimentaire génère 3,500 calories par jour alors que nous n’avons besoin que de 2,000 calories par jour. Plus du 2/3 des nord-américains sont en surpoids. Il n’est pas nécessaire de peser trois ou quatre cents livres pour être en mauvaise condition. Si vous excédez de 5 livres votre poids santé, et que vous commencez à trouver charmant le petit bourrelet de graisse viscérale qui se développe, vous êtes à risque. Si votre poids a augmenté depuis que vous aviez 25 ans, c’est du poids de trop!

Si on vous disait que votre pancréas ou que votre glande thyroïde pèse 5 livres de trop, vous seriez sûrement quelque peu alarmé. Par contre, quand on vous dit que vous avez un excédent de poids de cinq livres, ça ne vous dérange pas du tout. Au cas où vous l’auriez  oublié, le tissu graisseux est une glande. Alors, imaginez une glande qui fait 15 livres de trop! Soyez mince! Be as lean as possible.

Vous ne le saviez peut-être pas, mais on peut vieillir en santé.

On pense à tort qu’il est normal de prendre du poids en vieillissant, tout comme on pense à tort qu’il est normal de devenir malade en vieillissant, de devenir cardiaque, diabétique, Alzheimer, etc. Pendant les 50 premières années de notre vie, nous travaillons très fort pour nous rendre malades, et soudain, nous nous pointons chez le médecin, et nous lui demandons de corriger tout ça en un clin d’oeil. Vous ne le saviez peut-être pas, mais on peut vieillir en santé. On est malade de notre mode vie, rien d’autre. On aime avoir peur de la vache folle, de la grippe aviaire, mais personne n’en est mort au Québec. Par contre, des milliers de personnes décèdent non pas directement d’une mauvaise alimentation, mais des effets qu’elle produit. C’est une mort que nous programmons nous-mêmes par nos comportements.

Malgré tout, il faut éduquer et informer les gens, mais il ne faut surtout pas tomber dans l’excès et l’intégrisme alimentaire. Il ne faut pas non plus démoniser la frite, les croustilles, la pizza ,etc. Consommer des frites une fois par semaine ne vous rendra pas malade. En consommer à tous les jours, oui! Par exemple, le samedi soir, en écoutant un film, il est agréable de manger des croustilles. Mais ça ne devrait pas être fête à tous les jours. Quand on passe notre vie à faire la fête, on finit par en payer le prix.

Il faut se rappeler que nous travaillons très dur pendant 50 ans de notre vie à se rendre malade, et que nous en passons trente autres à être malade. Notre santé personnelle est le capital le plus important que nous ayons. Il n’en tient qu’à nous, et non aux autres, de le faire fructifier.

Source: Fair Planet NetworkLogo Fair Planet Network

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