Le débat dure depuis plusieurs années sur la pertinence de la consignation au Québec. Avec un système de collecte sélective qui s’améliore d’année en année, il peut être difficile de comprendre pourquoi on maintient ces deux façons de faire qui, à première vue, semblent empiéter l’une sur l’autre. En fait, la consignation et la collecte sélective sont actuellement des systèmes qui agissent très bien en complémentarité et qui permettent de détourner de l’enfouissement beaucoup de matières résiduelles.
Un problème, une solution
La consignation a été progressivement implantée au Québec à partir de 1984. À l’époque, on avait observé un problème de salubrité, particulièrement dans les parcs nationaux, mais aussi dans d’autres espaces publics. Les gens jetaient carrément dans le milieu les contenants vides des boissons qu’ils avaient consommées (Recyc-Québec, 2008). La consignation est donc d’abord venue répondre à cette problématique. Avec cet incitatif monétaire, les consommateurs se sont mis à rapporter leurs contenants plutôt que de les jeter en pleine nature. La consignation, avec son très haut taux de récupération, est ensuite venue répondre à la problématique liée au trop grand tonnage de matières recyclables qui se retrouvaient malgré tout à l’enfouissement.
Consignation 101
En fait, les contenants de breuvages au Québec peuvent être divisés en trois catégories. La première comprend les contenants à remplissage multiple (CRM). Il s’agit des fameuses bouteilles de bière brunes consignées à 10¢. Celles-ci sont réutilisées de 16 à 18 fois ! Le système de consigne qui est en place pour les CRM est privé et géré par les membres de l’industrie brassicole. La deuxième catégorie est celle des contenants à remplissage unique (CRU) et comprend les canettes de bière ainsi que les canettes et les bouteilles de boissons gazeuses. Ce système de consignation est actuellement géré par Recyc-Québec et Boissons gazeuses Environnement (BGE). Les contenants ne faisant pas partie de ces deux catégories composent la troisième. Il s’agit, entre autres, des contenants de lait, de jus, d’eau et de vin. Ces contenants ne sont pas consignés, mais sont recyclables et peuvent être ramassés par le biais de la collecte sélective. Une petite comparaison entre les taux de récupération des trois catégories est très intéressante à faire ici. Au niveau des contenants non consignés, le taux de récupération est de 46.8% alors qu’il varie entre 68 et 76% pour les CRU et obtient une valeur de 98% pour les CRM (Recyc-Québec, 2008)! La performance de la consignation a donc fait ses preuves !
Un système qui performe et offre des bénéfices pour l’environnement
Cette haute performance au niveau du taux de récupération pour la consignation a des avantages directs au niveau de l’environnement. Principalement, ce sont des tonnes de matières qui évitent l’enfouissement et reçoivent une deuxième vie soit par la réutilisation (CRM), soit par le recyclage (CRU). Il semble donc que l’incitatif monétaire soit un facteur de réussite à la participation des citoyens. Il encourage notamment les propriétaires de bars et de restaurants à récupérer leurs contenants. Cet incitatif permet aussi de donner une valeur réelle à ces contenants qui ne sont pas des déchets, mais bien des ressources premières ! À cet effet, la consignation permet de respecter la hiérarchie des 3R-V : réduire-réutiliser-recycler-valoriser. En effet, en utilisant des contenants réutilisables (CRM), l’industrie brassicole utilise ses contenants postconsommation comme matière première. Il en résulte une diminution de la quantité de déchets produite. Aussi, cette façon de faire permet d’extraire moins de ressources naturelles et de sauver de l’énergie. De plus, la consignation rend les contenants plus facilement réutilisables ou recyclables. Pour les CRU, elle permet de leur donner de la valeur ajoutée en vue de leur recyclage. Par exemple, en Ontario, où a été implanté le 5 février 2007 un programme de consigne sur les contenants de vin, bière et spiritueux, les bouteilles en verre recueillies grâce à la consignation sont plus propres et séparées par couleurs. « Le Programme de consignation de l'Ontario se traduit donc par une plus grande quantité de verre transformé en produits à forte valeur ajoutée (bouteilles et fibre de verre) et non plus par la fabrication d’agrégats pour la construction de routes ou par l’enfouissement du verre pour cause de contamination » (Bagitback, 2008). Au niveau des CRM, les bouteilles sont conçues pour être résistantes et recevoir 16 à 18 lavages et remplissages. La consigne amène donc les producteurs de boissons à produire des matières qui tiennent davantage compte du cycle de vie. Ces produits sont mieux « pensés » en amont des processus afin qu’ils aient les propriétés nécessaires pour avoir une deuxième vie, que ce soit pour être plus facilement recyclables (CRU) ou, encore mieux, réutilisables (CRM).
Une question de responsabilité
La consignation amène aussi les producteurs à se responsabiliser sur les contenants qu’ils mettent sur le marché. Ils peuvent mieux prendre conscience des coûts et de la complexité liés à la gestion des produits qu’ils mettent en marché et sont ainsi plus aptes à faire les choix qui s’imposent au niveau de leurs procédés, procédures et pratiques de production. Les consommateurs aussi, en rapportant leurs contenants, se responsabilisent face à la gestion de leurs matières résiduelles. Cette prise de conscience constitue donc un bon point de départ vers une démarche de développement durable. De plus, les coûts de la consignation s’adressent principalement aux producteurs et aux consommateurs et non pas à l’ensemble des contribuables, comme c’est le cas pour la collecte sélective et l’enfouissement. La consigne permet donc aux consommateurs responsables de ne pas avoir à payer le coût de recyclage et/ou d’élimination des produits qu’ils ne consomment pas. En ce sens, elle récompense le choix environnemental individuel (FCQGED, 1996). Ce système assure donc une meilleure équité non seulement face aux coûts engendrés par ces matières résiduelles, mais aussi face à l’ensemble de leur gestion.
Des avantages au niveau local
Il faut aussi savoir que la consigne des CRM favorise le cycle de vie d’un produit bidirectionnel, car le celui-ci est retourné au point de vente après sa consommation dans le but de réintégrer le cycle de production (FCQGED, 1996). Le producteur doit décentraliser ses activités, créant ainsi plus d’emplois locaux. Ce type de consigne favorise donc la production locale et régionale, car les contenants réutilisables au Québec sont privilégiés. En favorisant la production et la consommation locales, ce système diminue du coup le transport des produits et donc les émissions de gaz à effet de serre. De plus, il encourage l’économie locale.
Un verdict de complémentarité
Finalement, même si la consignation est un système plus complexe que la collecte sélective, elle a l’avantage d’offrir de nombreux bénéfices, surtout au niveau environnemental. Parce qu’elle est actuellement plus performante que la collecte sélective pour les contenants, elle a toute sa raison d’être. Néanmoins, il faut comprendre que ces deux méthodes sont complémentaires. La consignation vient d’ailleurs appuyer la collecte sélective. En libérant de l’espace dans les boîtes de recyclage, elle permet aux municipalités d’étendre leurs programmes de recyclage (Bagitback, 2008). D’un autre côté, il serait probablement assez difficile d’étendre la consigne à tous les types de contenants et même à d’autres sortes d’emballages. La collecte sélective prend ici tout son sens en permettant le ramassage de plusieurs types de matières et en offrant une façon de faire simple et facilement accessible. Il revient donc aux consommateurs de savoir bien utiliser chacun des deux systèmes. L’intégrité de l’environnement dépend de tous ces petits gestes et nous en sommes les premiers à en bénéficier !
Karine Gauthier, collaboratrice de Zetika
Références :
BAGITBACK (2008) Le programme de consignation de l’Ontario.
FRONT COMMUN QUEBECOIS POUR UNE GESTION ECOLOGIQUE DES DECHETS (FCQGED) (1996). Mémoire présenté à la Commission d’enquête sur la gestion des matières résiduelles au Québec (générique). 32 pages.
RECYC-QUÉBEC (2008). Mise en marché et récupération des contenants de boissons au Québec. 31 Janvier 2008. 43 pages.
RECYC-QUEBEC (2008)

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