Lorsque vous faites une entrevue avec Laure Waridel, ce dont vous pouvez être certain, c’est qu’elle sera généreuse de sa personne, et si, par surcroît, vous abordez la question de la sécurité alimentaire, alors vous aurez la personne la plus passionnée sur la planète!
Mais pour Laure Waridel, cofondatrice et ex-présidente et porte-parole d’Équiterre, actuellement partagée entre un projet de documentaire qui devrait être en salle d’ici deux ans et un projet d’écriture, la prise de conscience par rapport à nos comportements est une réalité au quotidien.
Pour l’ancienne porte-parole d’Équiterre, la crise alimentaire n’est pas étrangère à la crise du pétrole
En entrevue téléphonique, nous avons abordé avec madame Waridel l’aspect de la crise alimentaire qui sévit présentement dans le monde. Pour l’ancienne porte-parole d’Équiterre, la crise alimentaire n’est pas étrangère à la crise du pétrole, bien au contraire. «Notre société carbure au pétrole, ça coule dans nos veines et le complexe agroalimentaire y participe pour une bonne part. Depuis les fertilisants qui sont à base de pétrole, en passant par la machinerie agricole qui roule au pétrole jusqu’à l’emballage plastique et le transport des denrées, la chaîne alimentaire est basée sur les énergies fossiles.» Dans cette perspective, Laure Waridel fait écho aux défis à relever pour accélérer la production alimentaire en Afrique: le faible développement des marchés, le manque d’investissement et les infrastructures défaillantes dans les zones rurales. Alors que depuis une dizaine d’années plusieurs pays africains s’étaient appuyés sur les pays développés pour pouvoir à leur alimentation, il leur faut maintenant retourner à une production locale, car importer la nourriture n’est plus une solution viable, puisque le transport des denrées alimentaires a atteint un coût exorbitant.
La FAO en partenariat avec plusieurs pays finance des projets en agriculture afin que ceux-ci puissent assurer et retrouver leur sécurité alimentaire
Comme le mentionne Laure Waridel, «… le problème ce n’est pas qu’il n’y a pas de nourriture, il y en a! Le problème c’est qu’il en coûte une fortune pour y avoir accès, et comme partout ailleurs, ce sont les plus défavorisés qui paient la note et qui sont les plus affectés, et dans ce cas-ci, les pays en développement» . C’est donc pour cette raison que la FAO en partenariat avec plusieurs pays finance des projets en agriculture afin que ceux-ci puissent assurer et retrouver leur sécurité alimentaire.
«Il ne faut pas oublier aussi que certaines céréales comme le maïs et le riz ont été détournées pour produire de l’éthanol pour faire rouler nos véhicules…» nous indique Laure Waridel «alors qu’il faudrait voir autrement la situation pour trouver des solutions. Si, collectivement, nous changions nos comportements, nous pourrions mettre en place une véritable agriculture de proximité. La banane ou le kiwi ont une lourde empreinte en carbone. En fait, une pomme produite au Québec coûte plus cher qu’une pomme provenant de la Nouvelle-Zélande!» Selon Laure Waridel, tant que le pétrole ne sera pas vendu au prix où il devrait être vraiment vendu, celui-ci demeurera le plus moyen le plus économique pour transporter d’un bout à l’autre de la planète des denrées alimentaires.
La crise du pétrole actuelle nous force à nous retourner vers une production agroalimentaire de proximité
Madame Waridel constate aussi que «… la crise du pétrole actuelle nous force à nous retourner vers une production agroalimentaire de proximité, à redécouvrir notre propre patrimoine alimentaire…» En somme, la crise pétrolière actuelle n’a pas que des mauvais côtés, car «elle nous oblige à porter un regard critique sur nos comportements et modifier nos habitudes» . Par contre, étant donné que des lobbies bien organisés mettront beaucoup de pression sur nos dirigeants, «ceux-ci risquent de céder à la tentation et de baisser les taxes sur le carburant, et nous reviendrons ainsi au point de départ…»
Cette crise est avant tout une crise écologique et sociale
«La crise alimentaire actuelle est un wake up call!» s’exclame Laure Waridel. Il faut se responsabiliser, et se dire que «cette crise est avant tout une crise écologique et sociale, car elle est basée sur nos comportements.» En fait, ce que nous dit madame Waridel, c’est que nous sommes tous plus ou moins responsables de ce qui se passe présentement, et comme elle le mentionne si bien: «il faut réduire notre empreinte carbone» .
La crise du pétrole actuelle est une occasion pour nous faire prendre conscience de notre dépendance aux énergies fossiles
Pour la cofondatrice d’Équiterre, il ne sert à rien de blâmer les autres lorsqu’on constate certains comportements qui nous semblent non écologiques. Comme elle le souligne si bien, elle a elle-même laissé une empreinte carbone importante, car ses fonctions l’ont amené à parcourir en avion la planète en long et en large à plusieurs reprises, ce qui est largement plus important que votre voisin qui se balade dans un gros 4x4 énergivore en ville. Pour Laure Waridel, «la crise du pétrole actuelle est une occasion pour nous faire prendre conscience de notre dépendance aux énergies fossiles et de chercher et développer d’autres alternatives» .

Par magalie, juillet 01, 2008
Par Baptisse, mars 16, 2009
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